Le poids de votre main : quels dominos poser en premier

Chaque tour pose la même question : quel domino lâcher, et lequel garder ? Cette page s’adresse au joueur qui connaît les règles et veut savoir ce que pèse vraiment sa main, dans quel cas ce poids se paie, et pourquoi les doubles ne se gardent pas comme les autres dominos.

Une main de sept dominos pèse 42 points en moyenne

Un domino vaut la somme de ses deux moitiés. Le jeu complet pèse 168 points pour vingt-huit dominos, soit 6 points par domino en moyenne. La répartition n’est pas plate : un seul domino vaut 0, le double blanc, et un seul vaut 12, le double six. Les valeurs du milieu sont les plus fournies, avec quatre dominos à 6 points.

Le haut du jeu tient en peu de pièces. Quatre dominos valent dix points ou plus — le six-quatre, le double cinq, le six-cinq et le double six — et totalisent 43 points à eux seuls : plus du quart du jeu entier, pour un septième des pièces. Ce sont eux qui font la différence entre une main légère et une main lourde.

Une main de sept dominos pèse 42 points en moyenne, et le calcul exact sur les 1 184 040 mains possibles montre qu’elle s’en écarte peu : 63,83 % pèsent entre 36 et 48 points, 5,05 % descendent à 30 ou moins, et exactement autant montent à 54 ou plus. Cette égalité n’est pas un hasard : remplacer chaque moitié par six moins sa valeur transforme le jeu en lui-même, et une main de total T en une main de total 84 − T.

Hors blocage, votre main ne se paie que si l’autre équipe sort

Le poids d’une main n’est pas une dette, c’est un risque. Quand un joueur pose son dernier domino, son équipe marque les points des deux adversaires, et de personne d’autre. Si c’est votre partenaire qui sort, ce que vous gardez ne coûte rien et ne rapporte rien. Si c’est un adversaire, votre main et celle de votre partenaire s’additionnent pour faire le gain de l’autre camp.

Il n’existe donc qu’une fin au domino où vos points comptent, et c’est celle que vous voulez éviter. Alléger sa main revient à réduire ce que coûterait cette fin si elle arrivait, pas à marquer quoi que ce soit. La manche bloquée obéit à une autre logique, puisque les deux mains de chaque équipe s’y comparent ; elle a son propre guide, « Bloquer la manche ».

D’où une règle qui sert dans toute la suite : plus un adversaire est proche de sortir, plus votre poids doit peser dans vos choix ; plus votre partenaire en est proche, moins il compte. Les piles étant publiques, ce n’est jamais une supposition.

Un double ne trouve sa place que sur un seul nombre

Un domino ordinaire porte deux nombres et se pose sur un bout qui montre l’un ou l’autre. Un double n’en porte qu’un. Comptez les paires de bouts possibles : il y en a vingt-huit, exactement comme les dominos, de la paire blanc-blanc à la paire six-six. Un double s’accorde avec 7 d’entre elles ; un domino ordinaire, avec 13. Le double épouse presque deux fois moins de situations.

Il a un second défaut : posé, il ne change pas le bout. Le double cinq posé sur un cinq laisse un cinq. Il ne vous ouvre aucun nombre nouveau, il ne fait que vous débarrasser de lui-même — ce qui est déjà beaucoup quand il pèse dix ou douze points.

Et presque tout le monde en reçoit : 90,18 % des mains contiennent au moins un double, 58,10 % au moins deux, 22,01 % au moins trois. C’est la même loi que pour les dominos d’un même nombre — sept pièces parmi vingt-huit.

Un double dont le nombre s’épuise ne sortira plus

Le vrai danger vient avec le décompte. Supposez que les six dominos ordinaires du cinq soient déjà sur la chaîne, et que vous gardiez le double cinq. Pour le poser, il faut un cinq à un bout. Or un bout ne prend un nouveau nombre que lorsqu’on y pose un domino qui le porte ; le seul cinq qui reste à poser, c’est votre double, qui a lui-même besoin d’un cinq pour entrer. Si aucun bout ne montre cinq à cet instant, aucun ne le montrera plus jamais : le double est mort.

Un double mort coûte deux fois. Ses points restent en main jusqu’à la fin de la manche, puisque rien ne permettra plus de s’en défaire. Et vous ne pouvez plus vider votre main : votre équipe ne peut plus sortir au domino que par votre partenaire. Avec le double six, ce sont 12 points immobilisés chez vous, qui attendent l’autre camp s’il sort le premier.

Si au contraire un bout montre cinq une fois le sixième domino ordinaire posé, les deux bouts le montrent — « Bloquer la manche » démontre pourquoi —, et votre double est le dernier cinq du jeu. Le poser ferme alors la manche, et vous n’aurez pas le choix : aucun autre de vos dominos ne va sur ces bouts, et on ne passe jamais quand on peut poser.

La parade est de compter, comme l’explique « Compter les dominos ». Dès que quatre ou cinq dominos ordinaires d’un nombre sont posés et que vous en tenez le double, posez-le à la première occasion.

Poser lourd ou garder de quoi répondre

L’autre tension de chaque tour oppose le poids à la souplesse. Poser votre domino le plus lourd réduit ce que coûterait une sortie adverse. Garder des dominos de nombres variés réduit le risque de passer — et un passage est un tour perdu, qui ne vous allège de rien et annonce vos manques à toute la table.

Chaque pose peut effacer un nombre de votre main : poser votre seul trois, c’est renoncer à répondre désormais à un bout trois. À l’inverse, un nombre dont vous tenez trois dominos ne craint rien du départ de l’un d’eux. La question à se poser avant chaque pose n’est donc pas seulement combien pèse ce domino, mais aussi quels nombres il vous laisse.

Notre règle, dans cet ordre. D’abord, ne vous privez pas du dernier domino d’un nombre quand un autre coup vous laisse les mêmes nombres. Ensuite, à nombres égaux, posez le plus lourd. Enfin, posez les doubles dès qu’ils passent, parce qu’ils sont rigides et souvent lourds. On ne s’écarte de cet ordre que lorsqu’un adversaire approche de la sortie : la dernière section dit comment.

Le premier domino de la manche est libre : choisissez-le

Celui qui ouvre pose le domino qu’il veut, et c’est le seul coup de la manche qui ne dépende d’aucun bout. Il fixe les deux premiers nombres, et l’adversaire qui joue juste après doit y répondre. Ouvrir sur un double ne lui laisse qu’un nombre ; ouvrir sur un domino ordinaire lui en laisse deux.

La différence se chiffre au moment de la donne, à partir de votre seule main. Ouvrez sur un double en tenant trois autres dominos du même nombre : l’adversaire suivant n’a aucune réponse dans 27,37 % des cas, et doit passer d’emblée — c’est la probabilité de manque détaillée dans « Compter les dominos ». Ouvrez sur un domino ordinaire : il faudrait qu’il manque des deux nombres, et même si vous tenez cinq des treize dominos qui portent l’un ou l’autre, cela n’arrive que dans 1,48 % des cas.

Ouvrir sur un double vous débarrasse d’un domino peu souple et resserre la chaîne sur un seul nombre. Le meilleur candidat est le double d’un nombre dont vous avez plusieurs dominos ; un double isolé force rarement un passage, et laisse aux autres un nombre que vous ne pourrez pas suivre.

À la première manche, l’ouvreur est le détenteur du double six. Rien ne l’oblige à le poser, mais presque tout l’y invite : c’est le domino le plus lourd du jeu, un double, et toute la table sait déjà qu’il l’a. Sa main contient au moins un autre six dans 81,67 % des cas ; dans les 18,33 % restants, il ouvrirait sur un nombre qu’il ne peut pas suivre.

Quand un adversaire n’a plus qu’un domino

L’écran signale le dernier domino d’un joueur, et c’est le signal qui renverse les priorités. Un adversaire à un domino peut sortir à son prochain tour ; s’il le fait, votre main et celle de votre partenaire partent en bloc dans son score. La souplesse ne vaut plus grand-chose quand il ne reste peut-être qu’un tour à jouer : posez votre domino le plus lourd parmi ceux qui passent.

Sauf si vous pouvez l’empêcher de poser. Il ne sort que s’il tient un domino qui va sur l’un des bouts qu’il trouve devant lui. S’il joue juste après vous et que ses passages montrent qu’il manque de certains nombres, laisser ces nombres aux deux bouts le force à passer, et ce coup-là vaut mieux que n’importe quel allègement. C’est la seule exception à la règle du plus lourd.

Le cas symétrique se traite à l’inverse. Quand c’est votre partenaire qui n’a plus qu’un domino, votre poids compte beaucoup moins, puisque sa sortie ne vous coûte rien. Ne lui préparez pas, si vous pouvez l’éviter, un nombre sur lequel il a déjà passé.